Fast Food et video calorique

(garantie sans Omega3)

NAB 2014 – Chapitre 04 La Studio Caméra, l’évidence tardive de Blackmagic.

Je ronchonne. Oui je suis un grognon. Une sorte de mec mal luné dont la sortie d’une caméra peut foutre en l’air le moral et remettre en question toute sa conception de l’existence de l’espèce humaine. Y’en a c’est le métro. Moi c’est l’analyse de marché. Impossible de ne pas en faire ici, c’est même incontournable. Quand on lit les nouvelles derrière son écran, on est un peu imperméable à tout ça, et pourtant ici ça crève les yeux. C’est très étrange car l’on n’entend jamais des « officiels » comparer les caméras ou commenter frontalement les sorties des concurrents. Les visiteurs font tout le boulot en discutant entre les stands, ou autour des baraques à Burgers / Tortillas / Nachos / Pizzas (Composez votre menu).

Et les visiteurs, on peut dire que ça commente sur ce stand Blackmagic. Difficile de se frayer un chemin vers la ribambelle de caméras laissées en accès libre. À côté des différents modèles d’URSA, il y a une autre curiosité montée sur une tourelle de télévision : il s’agit de la Studio Caméra, la deuxième de la cuvée de cette année.

Elle me rappelle la Cinema Camera. Le genre de truc que tu vois en photo et qui te crame tellement la rétine que tu voudrais exécuter tous les designers de la Terre entière pour ne plus prendre le risque (jamais oh non plus jamais) de voir naître de telles mutations dégénérescentes. Et puis finalement tu l’as devant toi, et puis elle n’est pas si moche. Elle en est même mignonne, toute habillée comme ça, avec son objectif Fuji et ses poignées de contrôle déporté.

Son principe à elle, c’est de fonctionner en enregistrement déporté et fonctionner de pair avec les dispositifs régie (de préférence ceux de Blackmagic hein?). La caméra est présentée comme une caméra 4K ou HD (selon modèles) live abordable, compacte et pleinement fonctionnelle, à destination des émissions de plateau, des web-TV, des évènements sportifs, des colloques, et même des évènements religieux (True Story le mec m’a sorti ça comme ça.)

Deux modèles co-existent : un modèle uniquement HD et un modèle 4K. Le premier vous permettra de capter un flux 1920×1080 de 23,98fps jusqu’à 60 fps, le second permettra en surplus d’envoyer une image Ultra-HD 3840×2160 aux même cadences.

La BMSC possède un large moniteur LCD de 10 pouces d’une  résolution de 1920×1200 qui fait donc la part belle au confort du cadreur. Comme d’habitude l’ensemble est réduit à son strict minimum et l’on ne dispose que des boutons utiles à la captation multi-caméra. Ainsi en plus des traditionnels boutons Focus, Iris, Menu etc… bien connus de chez Blackmagic s’ajoute un bouton permettant de switcher entre votre retour et la vue programme (comprendre, ce que l’opérateur en régie a décidé d’envoyer à l’antenne), d’activer le dialogue audio avec la régie, et à priori ce qui permettrait de switcher entre un retour avec ou sans Log,  (peut-être même l’affichage d’une LUT customisée inch’allah) Le Menu n’est plus aussi intrusif qu’avant puisqu’il se place discrètement sur un peu moins d’une moitié d’écran, permettant ainsi de toujours garder un oeil sur ce qui se passe.

Ce n’est rien de dire que l’accent a été mis sur le dialogue entre l’opérateur et la régie. Le nombre de fonction allant dans ce sens ne trompe pas. La caméra comprend les fonctions essentielles que ce type d’enregistrement nécessite, dont l’incontournable indicateur d’Antenne qui vous permettra de savoir si vous êtes à l’écran ou non et le talkback.

Coté connectique le dialogue avec les unités de commande est optimisé : la Studio Camera est dotée de prises Fibre optique permettant l’envoi et la réception d’éléments vidéo et audio (dialogue entre opérateurs compris) vers la régie, 3 prises SDI (12G sur le modèle 4K), deux prises XLR pour l’audio, une prise LANC qui va permettre d’adapter d’installer un large choix de poignées de pilotage, et enfin une double prise jack pour brancher casques avec micro intégré, de sorte à pouvoir dialoguer avec la régie à tout moment (l’envoi des informations passent par la fibre). Bien entendue cette dernière pourra piloter l’ensemble de la caméra directement par les connexions SDI.

La caméra est dotée de très nombreux pas de vis permettant de fixer plusieurs accessoires sur les cotés de l’écran (seulement si le pare soleil n’est pas fixé semble-t-il…) Et dispose d’une batterie interne de 4 heures, avec possibilité d’alimentation externe via un XLR 4 broches qui peut se mettre et s’enlever à chaud. (ROGER JE SUIS À COURS DE BATTERIES!!!!)

La caméra semble être une réponse assez intelligente à l’essort des web-TV ou des petits programmes de plateaux. Elle est compacte et abordable et dispose de tout ce qui est nécessaire pour une captation live. La volonté de Blackmagic de séduire encore un plus large public pour l’amener vers ses produits se solde tout de même par l’utilisation d’une monture MFT, compatible avec l’ensemble des caméras par le biais d’adaptateurs. Alors qu’une compatibilité native avec des objectifs 2/3pouces ENG aurait-été pour moi un plus. Certes le prix d’investissement n’est pas le même, mais les bagues d’adaptations permettant d’exploiter pleinement les objectifs ENG sur monture MFT sont rares et chers. Je n’ai pas pu voir de prise ENG sur le boîtier de la caméra indiquant que le contrôle des Servo seraient pleinement fonctionnels.

Le modèle HD de la Studio Caméra est à priori déjà disponible pour le prix de 1,995$, le modèle Ultra-HD sera à priori disponible à partir de juin.

Sur ma mobylette à jouer avec le follow focus déporté, je suis agréablement surpris. La caméra semble être tellement une évidence que je me demande pourquoi aucun constructeur, et encore moins Blackmagic, n’y a pensé auparavant. Petite caméra studio, simple, puissante, légère, pas chère. L’idéal pour toutes les captations lives en somme. L’idéal pour une régie mobile efficace et rapide à mettre en oeuvre. Si la promesse de cette caméra suit son cours (entendre par là qu’elle soit disponible sans défaut rapidement et en masse), elle pourrait séduire très vite des sociétés de production à moindre budgets, des écoles, et des centre de conventions (peut-être même des églises!).

Au terme de ces annonces, je dois dire que je ne comprends plus bien la stratégie de gamme de Blackmagic. Jusqu’ici la gamme des caméras était plutôt cohérente, elle répondait à des besoins différents. La Pocket était une caméra ultra-portable pour les baroudeurs ; la Cinema Camera, une caméra à équiper pour fictions à petits budgets ; la Production Camera, une caméra pour tournage sur plateau et environnements maîtrisés. Mais l’apparition de l’URSA et de la Studio vient sérieusement remettre en cause la légitimité de la Production Camera. L’argument « La 4K caméra vous fait une excellente caméra studio UHD » est contrecarré par l’apparition de la Studio Caméra (dont je me demande dans quelle mesure lui adjoindre un enregistreur externe SDI ne la rendrait pas plus intéressante que la Production caméra elle-même), et le côté « C’est une caméra pour tournages un peu plus ambitieux et maîtrisés » est sévèrement remis en cause par la sortie de l’URSA.

À croire qu’ici on prend vite le pli de l’analyse de marché… voilà que j’y cogite aussi. Autant je trouve l’URSA sans grand intérêt réel, autant je suis réellement enthousiasmé par la Studio Caméra que je trouve être une formidable solution, sinon peut-être même celle vers laquelle Blackmagic aurait dû se diriger dès le départ, il y a deux ans de cela…