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(garantie sans Omega3)

On Set Gestion des Medias sur le tournage de « Texture Shot »

Changer un peu le format des articles du Laboscope. C’était un peu ma volonté ces derniers mois. Moins de veille technologique, un peu plus de concret. J’ai arrêté d’écrire pour murir une nouvelle formule qui me ressemble plus. Vous l’avez peut-être vu du coup si vous traînez ici régulièrement. Le design a été entièrement revu, Le Laboscope a un nom badass en .com. Aujourd’hui voici un nouveau type d’articles. J’avais envie de vous emmener avec moi sur quelques tournages afin de vous expliquer une démarche et réflexion personnelle. Et bien c’est désormais chose faite.

Cela faisait maintenant des années que j’avais envie de travailler avec Emilie de Velours Visuels. Vidéaste, Monteuse, VJ, toujours pleines d’idées et d’énergie. Quand elle m’a appelé pour me faire part de son dernier projet, je n’ai évidemment pas pu refuser. Il y avait des défis majeurs à relever, bien sûr. Et il me semblait intéressant d’en faire un peu le détail sur plusieurs articles.

Depuis quelques mois, vous le savez peut-être, les problématiques de stockage sont mon cheval de bataille. Après avoir perdu un de mes film en entier, étant victime du fameux « 1% de (mal)chances que ça arrive », vous vous doutez bien que plus que jamais je suis à la recherche d’une sécurisation optimale pour des workflows indépendants. J’ai fait le tour des solutions de stockage. Il ne s’agissait pas tant de trouver le disque qui proposera les meilleures performances ou qui résistera aux roues d’un Monster Trucks. Il s’agissait plutôt de trouver des disques robustes, abordables qui correspondent à mes usages. J’ai donc pris contact avec différents constructeurs dont LaCie, CalDigit, et G-Technology pour étudier leurs solutions.

Emilie et moi avons une manière de tourner qui tient en deux composantes majeures intrinsèquement liées : le besoin de mobilité et une équipe réduite. Impossible cependant de faire l’impasse sur les étapes de Media Management. Bien au contraire, cela nécessite d’avoir une solution peu encombrante, performante et fiable, pour ne pas laisser une seule inconnue perturber la bonne marche du projet.

Emilie est venue avec plusieurs envies en tête. Le tournage s’effectue principalement à l’extérieur avec beaucoup de plans de suivis de course. On compte aussi des plans sous l’eau, et l’intervention d’un loup. Plusieurs lieux de tournages à enchaîner, plusieurs types de médias. L’essentiel est filmé en 4K au GH4, combiné à une GoPro Hero 4 pour les plans sous-marins (en Full-HD pour bénéficier du ralenti), et à un GH3 comme caméra B. Le tout passera en harmonisation lors du traitement des rushes puis downscalé en Full-HD après d’éventuels travaux de stabilisation pour les plans suivis qui en nécessiteraient. Une opération qui nécessite en amont une gestion des médias claire et précise.

Pour « Texture Shot », je suis parti sur un système entièrement G-Technology. Je ne les connais pas depuis bien longtemps, mais j’aime bien leurs produits qui semblent présenter plus de fiabilité que mes précédents LaCie qui ont tous présentés dernièrement de sérieux dysfonctionnement au bout seulement de quelques mois d’utilisation. Sur les plateaux nous avions donc un G-Dock et unGRAID-Studio branchés sur un Macbook Pro Retina équipé de Silverstack de Pomfort.

La station DIT n’est pas toujours là où on le souhaiterait…

Je n’encouragerais jamais assez à utiliser un logiciel spécialisé pour le backup des rushes plutôt que de tout gérer à la main via le navigateur. Préserver les structures de carte est primordial, tout comme s’assurer des copies à l’octet près. J’ai un réel coup de coeur pour Silverstack de Pomfort qui permet une gestion des Médias parfaite. Son système de projets et de nomenclature de Bins et de vérification des transferts à l’octet près, est pour moi un véritable atout. C’est un outil particulièrement complet et qui plus est abordable. Pour le coup il se marie très bien avec le Gdock, (dont je vous avais déjà parlé ici) qui reste pour moi l’arme ultime des DIT et autres Media Manager. Sur Texture Shot, il servait de support aux disques de backups. Deux cartouches Gdrive-ev 1To réceptionnant le contenu des cartes, grâce au système multicopie de Silverstack.

J’essaie de toujours privilégier les disques de classe enterprise pour les tournages. Plus robustes, plus réguliers. Le GRaid en est pour le coup pourvu.

Pourquoi un GDock ? L’intérêt dans ce cas précis est d’abord physique. Il est compact et limite la présence des câbles sur le bureau. (Une nécessité puisque l’on a besoin de mobilité.) Mais aussi et surtout, nous avions besoin avec Emilie d’emporter chacun avec nous une copie des rushes. Elle à Bordeaux, moi à Paris. En récupérant chacun une cartouche renforcée de 1TB compatible USB3. Ainsi entre deux sessions de tournage, elle et moi avons pu transférer les rushes à nos domiciles (et donc augmenter le nombre de sauvegardes… #lesgensflippés) et déjà les travailler.

Pour pousser le vice un peu plus loin, nous avons adjoint une tour RAID au Gdock. Cette tour RAID, un G-RAID Studio donc, va embarquer le projet de post-production final (montage, VFX, Sons etc…) que l’on commence à préparer directement sur le plateau. C’est donc une troisième allocation de copie des rushes via Silverstack, mais qui à terme est amené à aller en station de montage, puis d’étalonnage. Le fait d’utiliser des disques Thunderbolt permet, en outre de chaîner les appareils entre eux, de ne pas souffrir de contraintes de débit des connectiques (le G-Raid est en Thunderbolt 2, le G-Dock est en Thunderbolt 1). Décharger une carte SD de 64GB sur 3 volumes différents prend environ 10 minutes via le port série de l’ordinateur (qui permet d’éviter les lecteurs USB2.0 qui feraient perdre du temps.)

On récapitule. Nous avons sur le plateau de quoi créer les 3 copies des rushes réglementaires, dont 2 disques compacts et renforcés USB3.0 pour la réalisatrice et le chef opérateur, et 1 disque contenant le projet de post-production pour attaquer directement après. Le tout tient dans ma valise LowePro et ne pèse pas très très lourd. Donc comme quoi quand j’entend que la sécurisation des rushes est une problématique de tournages à gros sous, j’estime avoir le droit de bondir. Les solutions pour se créer sa petite valise D.I.T maison existent. Elles sont plutôt abordables et ne sont pas « moins professionnelles » . La mise en oeuvre n’est pas compliquée, n’est pas longue, mais il faut savoir choisir ses outils en fonction de ces besoins. Dans ce cas précis c’est le workflow que j’ai choisi. Ce ne serait peut-être pas celui que je choisirais pour de l’étalonnage on-set par exemple (que l’on peut réaliser même chez les indépendants,si si… si vous êtes sages je vous parle de tout ça une autre fois). Mais dans ce projets précis, cela permet d’adopter une solution verrouillée pour nous autres gens flippés, sans perdre 36heures à installer une station de DIT que l’on doit monter et démonter régulièrement.

C’est important, je crois d’avoir bien conscience qu’il n’existe pas UNE manière de faire. On lit beaucoup de choses ici et là sur Internet, ou entend des choses de personnes que l’on a envie de copier au détail près. Mais ce n’est pas une bonne solution. Vos projets sont vos besoins, et vos besoins, vous seuls les connaissez. Ce ne sera pas un tuto ou un blogger qui détiendra la vérité absolue sur vos pratiques à venir, mais bel et bien vous qui devez glaner ici et là plusieurs infos pour vous en faire votre idée. Pour moi la règle d’or c’est de trouver des outils adaptés et modulables pour sa propre pratique. Le clip d’Emilie se rapprochait beaucoup du tournage de quelques-uns de mes films où la mobilité et la modularité sont essentiels pour fonctionner avec une équipe ultra-réduite. Du coup je voulais partager cette manière particulière d’aborder ce genre de tournage. J’aime m’entourer d’outils et d’armes efficaces et c’est pour cela que j’ai choisi ici un combo Silverstack + GTechnology que je continue pour la petite histoire de maltraiter pour en découvrir des limites encore non atteintes. C’est une composante importante pour moi de pouvoir me reposer sur les technologies que j’emploie. Il ne s’agit pas de leur vouer une confiance aveugle, mais de les apprécier pour leur fiabilité et leur efficacité. En quelques mots : leur capacité à me simplifier la vie.

Chez moi j’ai récupéré ma cartouche Gdrive que j’ai pu insérer dans mon Gdock, et le GRAID pour préparer le disque de Post-Production, notamment en traitant les rushes (ici les ralentis de la séquence sous-marine)

On débat souvent du rapport Qualité/prix en opposant Spécificités techniques et Prix d’achat. Mais bien moins souvent en opposant Insertion dans un workflow et Coût de revient. Je m’explique. Vous pouvez aujourd’hui acheter une caméra qui filme en 4K UHD RAW avec des logs pour la modique somme de 2809€ H.T. (au hasard…), c’est formidable. Mais qu’en est-il une fois que vous aurez acheté les rigs pour pouvoir l’utiliser réellement en tournage, les nouvelles optiques pour compenser la faible sensibilité nominale, le plug-in pour supprimer le bruit numérique du capteur qui chauffe, l’utilitaire de correction des images perdues des suites DNG? Sans parler du temps perdu sur le tournage à s’assurer du bon point de l’image à cause de la mauvaise qualité de l’écran LCD, conjugué à un autofocus peut fiable. Pour moi…(car oui on ne va pas se mentir bien sûr que ça m’arrive…), ce sont des tournages stressant sur lesquels je passe plus de temps à m’assurer de la technique qu’à penser à la direction des acteurs, ou à un autre cadre peut-être plus intéressant, plus innovant. Et ce n’est pas ce que je veux, cela ne donne pas de valeur ajoutée à l’image. L’exemple est ici un peu caricatural certes, mais il illustre bien la problématique qui me préoccupe sur le stockage : vais-je choisir un disque pas cher avec lequel je vais pouvoir évidemment travailler, au prix d’un stress permanent quand quiconque le prendra pour le transporter (y compris moi)? Ou vais-je opter pour des solutions un peu plus chères, mais qui me permettront (un certain degré) de sérénité ? Pour moi la réponse est évidente.

Dans l’article suivant, la question se re-posera d’une manière légèrement différente. Nous avions besoin d’un dispositif de stabilisation et j’ai emporté avec moi un Nebula-Lite. L’approche entre ce petit stabilisateur et un plus conséquent type Ronin n’est absolument pas la même, et nous verrons justement en quoi l’un n’est pas meilleur que l’autre malgré le prix, mais tout simplement adapté à des situations différentes.